A la question de Ségolène Royal "savez-vous quelle est la part du nucléaire dans la consommation d'électricité ? , nos deux prétendants à l'Elysée se sont mélangés les pinceaux.
Nicolas Sarkozy : "Nous avons, Madame, grâce au nucléaire, une indépendance sur l’électricité de la France à hauteur de la moitié."
Ségolène Royal : "Donc, vous ignorez… Vous défendez le nucléaire, mais vous ignorez la part du nucléaire…"
Nicolas Sarkozy : "Non, Madame. Non, non…"
Ségolène Royal : "Alors, de combien est-il ?"
Nicolas Sarkozy : "Nous avons la moitié de notre électricité qui est d’origine nucléaire.
Ségolène Royal : "Non. 17 % seulement…"
Ils ont tous les deux tort !
Pour comprendre le sujet, il faut garder en tête que l'on peut raisonner par rapport l'énergie primaire ou par rapport à l'énergie finale. Cela a l'air compliqué mais c'est en fait très simple.
L'énergie primaire c'est l'ensemble des produits énergétiques non transformés, exploités directement ou importés autrement dit ce n'est pas ce qui est consommé par le consommateur final quand il utilise son micro-onde. Comme il existe de nombreuses pertes, notamment de chaleur, dans les centrales ou sur les réseaux, la consommation d'énergie primaire est supérieure à celle d'énergie finale. Les statistiques utilisant l'une ou l'autre n'ont donc pas la même base de calcul et aboutissent à des taux très différents.
L'indépendance électrique n'est pas l'indépendance énergétique.
Les économistes de l'énergie cherchent le plus souvent à calculer l'indépendance énergétique d'un pays, le plus souvent mesurée par le rapport entre la production nationale d'énergies primaires (charbon, pétrole, gaz naturel, nucléaire, hydraulique, énergies renouvelables) et les disponibilités totales en énergies primaires (c'est donc le rapport : Production/(Production-Exportations+Importations). L'indépendance énergétique mesurée par rapport de la France est de 50,5% mais l'indépendance électrique est supérieure à 100% car la France est un pays exportateur (114,1% en 2006 selon l'Observatoire de l'énergie)
Nous n'avons pas la moitié de notre électricité d'origine nucléaire, mais le nucléaire représente 78% de notre production d'électricité.
Mais où diable Ségolène Royal a-t-elle été chercher ce 17% ? Peut-être a-t-elle confondu avec la part du nucléaire dans la production d'électricité au niveau mondial.
Enerpresse, le quotidien de l'énergie du groupe Moniteur, proposait une autre interprétation dans la une de ce matin. Le journal y voyait la main de Greenpeace et expliquait : "enfin, en «torturant» un peu les chiffres, on peut aussi parvenir à 17%-18% du nucléaire, mais cette fois dans la «consommation finale d’énergie». Autre concept -- utilisé par Greenpeace pour démontrer la «facilité» à sortir du nucléaire; pas un hasard !"
Distinguer consommation primaire de finale est ici essentiel et Enerpresse rappelle que l'électricité (qui est produite majoritairement par le nucléaire) représente 42,6% de la consommation d'énergie primaire.
Ségolène aurait donc dû poser comme question : savez-vous quelle est la part du nucléaire dans la consommation d'énergie finale et non pas dans la consommation d'électricité ?
Moralité : on ne peut retenir des chiffres si on ne maîtrise pas les concepts. Et dommage qu'aucun des deux journalistes n'aient pu réagir pour éviter une telle confusion !
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